LE JOURNAL DE STENDHAL

A LA BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE DE GRENOBLE

 

LE JOURNAL DE STENDHAL, POUR LA PREMIERE FOIS RASSEMBLE

C'est à l'occasion d'une grande vente aux enchères tenue à l'Hôtel Drouot le 20 juin 2006 - au cours de laquelle fut dispersée une partie de la bibliothèque du célèbre libraire et bibliophile Pierre Bérès - que la Bibliothèque municipale de Grenoble a pu acquérir six cahiers manuscrits du Journal de Stendhal, qui complètent opportunément ses collections inestimables consacrées à l'écrivain né à Grenoble en 1783. Certains éléments du Journal y figuraient déjà grâce au don fait en 1861 par Madame Louis Crozet, veuve d'un ancien maire de Grenoble, ami et exécuteur testamentaire de Stendhal.

Ces six cahiers - soit 570 pages - ont été rédigés entre 1805 et 1814 et permettent de reconstituer, pour la première fois, le journal de l'écrivain.

 

LE JOURNAL DANS L'ŒUVRE DE STENDHAL

Le Journal figure parmi les œuvres intimes de Stendhal, tout comme Vie de Henry Brulard et Souvenirs d'égotisme ; il est un véritable laboratoire de l'œuvre stendhalienne, champ de réflexion, de vie, de travail. Stendhal se livre tout entier dans son journal qui, sous une forme brute ou élaborée, a accompagné l'ensemble de sa vie, et jusque dans ses déplacements de haut fonctionnaire de l'Empire (il regrettera en particulier la perte d'une partie du journal dit de Brunswick au cours de la terrible retraite de Russie). C'est dans son journal que l'on peut découvrir l'écrivain à la fois dans sa spontanéité et dans la genèse de son œuvre.

 

L'ETUDE SCIENTIFIQUE

En 1888 paraît la première édition du Journal, réalisée par Casimir Stryienski, à qui l'on doit le lancement des études stendhaliennes. Elle s'avère incomplète puisqu'il ignorait l'existence de ces six cahiers alors inconnus. Une nouvelle édition, presque intégrale, aujourd'hui considérée comme fautive, est publiée entre 1923 et 1934 par Edouard Champion, alors possesseur de ces cahiers.
Acquis ensuite en 1938 par Pierre Bérès, ils disparaissent des yeux du public érudit et deviennent inaccessibles aux chercheurs durant près de soixante dix ans.
L'acquisition exceptionnelle réalisée par la Bibliothèque municipale de Grenoble permet de relancer l'étude scientifique du Journal et offre la possibilité de revoir intégralement la dernière édition connue.

 

LES CAHIERS DU JOURNAL

Les six cahiers ont été reliés en cinq volumes par le relieur Pierre-Lucien Martin et se présentent sous leur forme originelle, avec une page de titre souvent calligraphiée par Stendhal lui-même et, pour certains, une couverture annotée par l’écrivain.

Juillet 1805 - Avril 1806
Le premier cahier, dit Journal de Marseille, couvre la période durant laquelle le jeune homme, parti à la "chasse du bonheur", rejoint dans cette ville sa maîtresse, l’actrice Mélanie Guilbert, afin de se lancer dans la finance.

17 juin 1807 - 20 novembre 1808
Dans le second cahier, dit Journal de Brunswick, Stendhal, devenu fonctionnaire de l’administration impériale, se trouve en poste à Brunswick ; il décrit ses voyages à travers le Hanovre, la bonne société qu’il rencontre et s’éprend d’un amour resté platonique de Mina de Griesheim.

 

Un croquis de la maison de Brocken, "l'habitation la plus élevée de l'Allemagne", rappelle l’importance chez Stendhal des dessins, véritables repères qui fixent les lieux et les êtres, comme ceux qui abondent dans son autobiographie Vie de Henry Brulard, relation de ses années de jeunesse à Grenoble.

9 mai - 12 août 1810
16 août 1810 - 18 mai 1811

 

Stendhal est au sommet de sa gloire sociale dans les troisième et quatrième cahiers : nommé auditeur au Conseil d’Etat, il aspire à devenir baron d’Empire ; il détaille ses lectures et ses sorties, et conçoit une étrange passion pour la comtesse Daru, épouse de son protecteur.

31 mai - juillet 1811
22 septembre - 16 octobre 1814
Les deux derniers cahiers ont été reliés en un seul volume. A travers eux apparaissent deux des femmes qui auront le plus marqué la vie de l’écrivain : la comtesse Daru qu’il tente de conquérir et la belle Milanaise Angela Pietragrua.

 

Ces six cahiers en complètent un septième, acquis par la Bibliothèque municipale de Grenoble en 1993, grâce au concours du FRAB Rhône-Alpes, co-financé par le Ministère de la Culture et la Région Rhône-Alpes, et qui avait appartenu, entre autres, à Casimir Stryienski, à Sacha Guitry et au colonel Daniel Sickles.
Intitulé 1811. Histoire d'une partie de ma vie, ce manuscrit, rédigé par Louis Crozet, a été complété, corrigé et abondamment annoté par Stendhal.
Il comporte deux parties : Consultation en faveur de la Duchesse de B… pour Banti et Rapports de Mde de Berulle avec Banti. Dans ce cahier est esquissée l'étrange passion éprouvée par Stendhal pour Alexandrine Daru, épouse de son cousin et protecteur Pierre Daru et, derrière les pseudonymes, se retrouvent Stendhal [Banti] et la comtesse Daru [la Duchesse de B… ou Mde de Berulle]. C'est lors d'une relecture, notamment en 1819, que l'écrivain en rédige la page de titre, accompagnée d'un curieux graphique montrant l'évolution de sa passion.